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Afrique #123 : Partech Africa, SPAC Tidjane Thiam, Accélérateur Afrique, Highview Power... Accès libre


Montant VC equity levé par mois par la tech africaine en 2019 VS 2020 - © Partech Africa

Montant VC equity levé par mois par la tech africaine en 2019 VS 2020 - © Partech Africa

Étude : une tech africaine résiliente (Partech Africa)

Pour la cinquième année consécutive, Partech vient de publier son enquête annuelle sur le financement en capital-risque des start-up africaines. Quels enseignements peut-on en tirer ?

Premier constat : cette étude vient corroborer le rapport « African Tech Startups Funding Report 2020 », publié par le média Disrupt Africa et présenté la semaine dernière (relire chronique #122) concernant la santé florissante des pépites technologiques africaines, et ce en dépit du contexte de crise. Malgré la pandémie et ses effets économiques délétères, elles sont en effet parvenues à pulvériser le record des levées de fonds en atteignant le chiffre de 359, soit un bond de 44 % par rapport à l’année 2019. Cette résilience manifeste est propre au continent africain : alors que partout ailleurs sur le globe, on assistait à une chute du nombre de deals, les entreprises africaines ont accéléré la digitalisation des secteurs économiques fondamentaux - de l’agriculture à la logistique, en passant par la finance et la santé - permettant un accroissement du nombre de tours de table. Cette véritable explosion s’avère particulièrement impressionnante en ce qui concerne le nombre de levées en amorçage : + 80% avec 228 transactions enregistrées.

Cyril Collon, Partech Africa

Cyril Collon, Partech Africa

Cependant, le volume total des fonds levés par les jeunes pousses africaines est en recul de 29 % par rapport à l’année précédente (1,18 Md€ contre 1,65 Md€), après une décennie environ de croissance quasi exponentielle. Principal facteur explicatif de la réduction des tickets moyens investis : c’est au niveau des sociétés les plus matures à la recherche de « growth-stage » que l’impact de la crise se fait le plus sentir. L’étude de Partech ne recense que deux méga-deals (tours de table supérieurs à 50 M$ soit 41 Md€) en 2020, contre dix en 2019. Or, comme l’explique le general partner Cyril Collon, « 80 % de méga-deals en moins en 2020, c'est à eux seuls 700 M$ de moins ». Une analyse plus fine mois par mois révèle toutefois que l’activité générale de l’écosystème se porte bien : chaque mois de 2020 a vu plus de levées réalisées que le même mois en 2019, essentiellement grâce à l’amorçage (voir graphique comparatif ci-dessus). Par ailleurs, 443 investisseurs ont réalisé au moins un investissement dans une start-up africaine en 2020, contre 359 l’année précédente, soit une progression de 24 %.

En termes sectoriels, la fintech demeure largement en tête avec plus d’un quart du financement en capital-risque mobilisé, mais quatre secteurs connaissent une belle progression, en s’arrogeant entre 10 et 13 % des fonds levés en Afrique : l'agritech, les solutions de logistique et de mobilité, l'énergie off-grid et la santé connectée ou healthtech.

Sur le plan géographique, vingt-six nations ont effectué des levées de fonds dans le domaine de la tech, quatre d’entre elles continuant à représenter 80 % du montant total. Il s’agit du Nigeria, du Kenya, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud. Avec 21 % des fonds captés, dont le méga-deal réalisé par la fintech PayStack, rachetée par l'américain Stripe pour le montant record de 170 M€ soit 20 0M$ (relire bulletin #107), le Nigeria confirme son rôle de  « locomotive » sur le continent, d’autant que c'est également le pays ayant enregistré la plus forte croissance dans le top 4 en termes de nombre de deals (+87 %). L’Égypte semble connaître de son côté une ascension inexorable. Désormais en tête en nombre de transactions avec 86 levées (+83%), le dynamisme des entrepreneurs tech égyptiens corrélé à la taille énorme du marché domestique séduisent de plus en plus d'investisseurs. En dehors du quatuor de tête, le rapport met en exergue la percée - plus modeste mais significative - du Maroc et de la Tunisie, avec respectivement 13 et 12 tours de table en 2020.

Enfin, les femmes ont connu une progression certaine de leurs poids au sein des équipes de la tech africaine (+8 % par rapport en 2019), tandis que les start-up fondées (ou co-fondées) par des femmes ont réalisé 47 tours de table en 2020, soit une progression de +9 % sur l'année précédente.

 

Bourse - nouveau fonds : Freedom Acquisition I (États-Unis / Afrique)

Tidjane Thiam entame l'IPO de son SPAC, Freedom Acquisition I, à la Bourse de New York.

Tidjane Thiam entame l'IPO de son SPAC, Freedom Acquisition I, à la Bourse de New York.

Le franco-ivoirien Tidjane Thiam, ancien DG du Credit Suisse, vient de parachever son nouveau « Special Purpose Acquisition Vehicle » (SPAC), une « société d’acquisition à vocation spécifique » baptisée Freedom Acquisition I et fondée il y a quelques mois. Ciblant le secteur des services financiers et n’excluant pas des opérations dans « certains pays d’Afrique », cette dernière a entamé son introduction à la Bourse de New York (ville où est domicilié son siège social), pour un montant estimé à 206 M€ (250 M$), ce qui la valoriserait autour de 258 M€ (313 M$). Élaborée avec le concours des banques JP Morgan Chase, Deutsche Bank et Morgan Stanley (en qualité de co-teneurs de livres), elle se focalisera sur des entreprises technologiques présentant un potentiel de croissance et de stabilité financière. Un autre ancien du Credit Suisse, Adam Gishen, dirigera le véhicule aux côtés du président fondateur Tidjane Thiam.

 

Nouveau programme d’accélération : Accélérateur Afrique / Bpifrance / Business France (Afrique / France)

Première promotion de l'Accélérateur Afrique. - © Bpifrance / Business France

Première promotion de l'Accélérateur Afrique. - © Bpifrance / Business France

Le ministre en charge du Commerce extérieur (Franck Riester) et le directeur général de Bpifrance (Nicolas Dufourcq) ont donné le 9 février le coup d’envoi officiel du premier Accélérateur Afrique créé par Bpifrance et Business France. Vingt-cinq PME françaises, majoritairement familiales, et dont les dirigeants ont décidé de renforcer leurs chances de réussir le développement de leurs affaires de façon pérenne en Afrique, ont intégré ce programme de douze mois qui vise à les immerger collectivement dans les réalités de l’écosystème économique du continent. Ces entreprises sont actives dans des secteurs aussi diversifiés que les produits et services industriels (Boubiela Moret), l’agriculture (Lidea Seeds), les logiciels (Cirpack), les services et conseil aux entreprises (Cooptalis) ou encore la formation (Tourism Academy). Déjà matures et souvent exportatrices, elles ambitionnent d’accélérer la croissance de leur chiffre d’affaires en Afrique « d’au moins 20 % », que ce soit par l’intermédiaire d’implantations, de partenariats ou d’acquisitions. Au programme : coaching d’experts spécialisés sur les affaires en Afrique, séminaires de réflexion stratégique et parcours de e-learning, participation à des événements en France et en Afrique, intégration dans un collectif de chefs d’entreprises… Dans l’optique de favoriser les connexions de ces PME avec les milieux d’affaires franco-africains, Business France et Bpifrance ont scellé un partenariat avec le réseau de dirigeants d’entreprises Africa Link, basé à Marseille et créé à l’initiative de la CCI de Région PACA, dont un tiers de ses 160 membres sont des dirigeants africains. Deux rendez-vous sont d’ores et déjà planifiés cette année en Afrique de l’Ouest, région prioritaire pour la moitié des bénéficiaires du programme : un événement spécial dédié à l’entrepreneuriat en juin à Abidjan, le second autour des secteurs de la ville durable et de l’industrie, au deuxième semestre, au Sénégal. Bpifrance, qui compte ouvrir deux nouveaux bureaux en Afrique cette année (au Sénégal et au Maroc), et Business France espèrent lancer un deuxième accélérateur à la fin de l’année.

 

Environnement & EnR : Highview Power / Janus Capital / Sumitomo Heavy Industries / TSK (Royaume-Uni / Afrique / États-Unis / Japon / Espagne)

Basé à Londres et à New York, Highview Power est un pionnier du stockage d'énergie de longue durée. - © Highview Power

Basé à Londres et à New York, Highview Power est un pionnier du stockage d'énergie de longue durée. - © Highview Power

Highview Power, une entreprise fondée en 2005 à Londres et New York et spécialisée dans le stockage d’électricité, collecte 58 M€ (70 M$) dans l’optique de se lancer à la conquête de l’Afrique. Le levée de fonds a vu la participation de Janus Capital, la filiale américaine du conglomérat mauricien Janus Continental Group (JCG), à hauteur de 11 M€ (13 M$), ainsi que du groupe coté japonais Sumitomo Heavy Industries (SHI) et de la société espagnole TSK qui intervient dans des grands projets solaires photovoltaïques sur le continent. Les investisseurs historiques et les fondateurs de la cible ont quant eux apporté 4 M€ (5 M$), le montant total mobilisé lors de cette opération venant s’ajouter à des subventions déjà obtenues par l’entreprise pour atteindre l’enveloppe confortable de 119 M€ (145 M$). Highview Power souhaite déployer en Afrique, particulièrement dans la région des Grands Lacs (où se développent actuellement de grands projets d’énergie solaire et éoliennes) sa solution de stockage de longue durée à air liquide baptisée « CRYOBattery ». L’entreprise dirigée par Javier Cavada affirme être en mesure de stocker de 20 MW/80 MWh à plus de 200 MW/1,2 GWh d’électricité produite à partir des sources renouvelables, ce qui constitue un atout de taille pour les centrales d’énergie propre dont le fonctionnement dépend des variations des conditions climatiques.

 

Nouveau programme d’accélération : Start X 241 / Ogooué Labs (Afrique francophone centrale / Gabon / Union Européenne / France)

Le gabonais Ogooué Labs lance le programme d'accélération Start X 241. - © Ogooué Labs

Le gabonais Ogooué Labs lance le programme d'accélération Start X 241. - © Ogooué Labs

Ogooué Labs, un laboratoire d'innovation basé à Libreville au Gabon depuis 2013, affilié au réseau de hubs technologiques Afrilabs, lance le programme d'accélération Start X 241 afin de soutenir le développement continental et international de dix TPE ou start-up digitales d’Afrique francophone, notamment en conquérant de nouveaux marchés dans les onze pays de la région de la CEEAC (Angola, Burundi, Cameroun, Centrafrique, République du Congo, RDC, Gabon, Guinée équatoriale, Rwanda, Tchad, São Tomé-et-Príncipe). L’initiative est soutenue par l'UE, l'Agence Française de Développement (AFD), l'opérateur télécom Airtel Gabon, la banque panafricaine Cofina, l'Ambassade de France du Gabon, l'Institut Français du Gabon, l'accélérateur bordelais Héméra, Digitech Africa et l’École 241 (centre de formation gabonais aux métiers du numérique et au leadership). Jusqu’au 28 février, toute entreprise innovante d’Afrique francophone pouvant justifier d’au moins un an d’activité et proposant un produit ou service déjà commercialisé est libre de présenter sa candidature. Les lauréates bénéficieront du mentoring d’entrepreneurs chevronnés, à la fois dans le domaine du juridique, du marketing, des ressources humaines et des finances, ainsi qu’un accès à un large réseau de partenaires et experts. L’ambition de ce programme : faire émerger de nouveaux champions tech dans la région. « Jusqu’à présent, les start-up qui réussissent les levées de fonds sont principalement issues de l’Afrique anglophone. Nous voulons changer la donne en apportant soutien logistique, technologique et managérial à ces startups innovantes issues d’Afrique francophone », a détaillé Sylvère Boussamba, fondateur d’Ogooué Labs et directeur du Start X 241.

 

EnR : Solar Frontier Capital / Norfund (Kenya / Norvège)

Solutions solaires de d.light - © d.light

Solutions solaires de d.light - © d.light

Brighter Life Kenya 1 Limited (BLK1), un mécanisme de 54 M€ (65 M$) lancé en 2020 par Solar Frontier Capital (SFC), une filiale à 100 % de la société financière mauricienne African Frontier Capital, bénéficie d’un investissement de 12,3 M€ (15 M$) du fonds de développement norvégien Norfund, qui rejoint ainsi son confrère américain, l’International Development Finance Corporation (DFC). Objectif : fournir l’accès à l’électricité à 1,9 million de Kényans, via l’acquisition de créances sur les systèmes solaires domestiques par répartition (pay-as-you-go) de la filiale kényane de l’américain d.light. La nouvelle facilité octroyée par Norfund financera l’achat des comptes clients de d.light, ce qui signifie qu’il faudra moins de temps à cette dernière pour payer ses fournisseurs. BLK1 est destiné à être le premier d’une série de véhicules conçus pour fournir à d.light un accès continu à un financement durable et abordable en monnaie locale.

 

Événements :

  • 25 février (en direct en ligne - 17h30-19h) : webinaire conjoint du CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique) et de Women in Africa (WIA) sur le thème « Femmes aux boards en Afrique - Plafond de verre dans les économies et industries en Afrique ? »
  • Conakry (hôtel Sheraton + diffusion en virtuel), 24-26 février : Guinea Investment Forum (GUIF), organisé par l'Agence de Promotion des Investissements Privés (APIP-Guinée) avec ses partenaires la Banque Africaine de Développement (BAD) et la Société Financière Internationale (SFI ou IFC).

 

Et aussi...

  • Selon Jeune Afrique Business+, deux anciens d'Investec Bank s'apprêtent à lancer le véhicule Salt Equity I, dont la gestion sera assurée par Salt Capital, un fonds créé en 2012 à Londres et Johannesbourg. Le nouveau véhicule devrait être doté à terme de 82 M€ (100 M$), et son premier closing interviendrait d'ici fin juin, avec la participation notamment de l'IFC à hauteur de 8 M€ (10 M$) environ.
  • Le programme AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa) de la Banque Africaine de Développement (BAD) s'allie avec le Fonds Africain de Garantie (AGF) pour débloquer de 1,07 à 1,65 Md€ (1,3 à 2 Md$) de prêts aux PME appartenant à des femmes, en travaillant avec les institutions financières pour améliorer leur capacité à prêter aux femmes.
  • Au Ghana, le français Ecoslops décroche un accord pour la valorisation des déchets pétroliers au port de Tema-Accra.
  • Comme annoncé il y a un an, Canal+ finalise son offensive sur le marché éthiopien, après un temps de retard dû la pandémie. Le satellite Eutelsat 7C du groupe tricolore éponyme, coté à Euronext Paris, se chargera de diffuser la plateforme de télévision en réception directe premium dans ce pays de la Corne de l'Afrique.
  • Le mastodonte allemand du tourisme de loisirs TUI délocalise sa filiale française au Maroc.

 

Bonne fin de semaine et à mardi prochain !

 

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