L'actualité & Data du capital-investissement : transactions LBO, M&A, Venture Corporate Finance et Private Equity

CANVIEW

Afrique #150 : MIHIA, sommet Afrique-France, Ejara, Chari.ma...


© STOA

© STOA

Nouveau fonds - Infrastructures & EnR : MIHIA / Qair / STOA (Afrique / Burkina Faso / France)

Jamais le secteur des énergies renouvelables n’a été aussi attractif pour les investisseurs, en particulier en matière d’infrastructures sur le continent africain. Une preuve supplémentaire en est donnée avec la constitution d’une nouvelle plateforme d’investissement, à l’initiative du producteur occitan d’EnR Qair et de STOA, le fonds infrastructurel de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et de l’Agence Française de Développement (AFD). Baptisée Make It Happen In Africa (MIHIA), elle est respectivement détenue à hauteur de 51 % et 49 %. Elle vient d’investir dans un premier projet au Burkina Faso, à savoir la construction d’une centrale solaire à Zano, dans le département du Tenkodogo. D’une puissance de 24 MWc pour une production annuelle de 48 000 MWh, elle a été développée en partenariat avec la société burkinabè Syscom Network, et vise une mise en service au cours du second semestre 2022. Désireux d’investir conjointement et sur le long terme dans des projets d’énergie verte, Qair et STOA s’intéresseront à la fois à l’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique, à l’éco-combustion et aux projets incluant des systèmes de stockage d’électricité. Ils auront à cœur d’impliquer les populations locales dans le développement de leurs projets, à travers le recrutement des profils requis (d’abord pour la construction puis l’exploitation et la maintenance des infrastructures), d’où la mise en place d’un programme de formation à destination du personnel local.

 

Compte-rendu : sommet Afrique-France du 8 octobre

Sommet Afrique-France à Montpellier (8 octobre 2021)

Sommet Afrique-France à Montpellier (8 octobre 2021)

Le sommet Afrique-France, qui s’est conclu le 8 octobre dernier à Montpellier, a été riche d’enseignements mais aussi d’engagements concrets pris par Emmanuel Macron en faveur des entrepreneurs, des étudiants et artistes africains.

Achille Mbembe - © Heike Huslage-Koch

Achille Mbembe - © Heike Huslage-Koch

Tout d’abord, un fonds de 30 M€ sur trois ans va être mis en œuvre afin de soutenir les acteurs du changement sur le continent. Inspiré par les recommandations prodiguées par  le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe dans un rapport remis au président en amont du sommet, ce fonds sera piloté par un comité de personnalités africaines, françaises et franco-africaines de la société civile qui décideront de ses orientations. Garantie, selon Emmanuel Macron, de l’indépendance et la neutralité de cet instrument, dont les résultats seront aussi évalués par ce comité.

À l’occasion du sommet de Montpellier a été acté la création d’une « Maison des mondes africains et des diasporas », présidée par Achille Mbembe, et rassemblant des personnalités françaises du monde intellectuel, culturel, associatif et du secteur privé, chargées d’incarner et de porter ce projet dans l’espace public français. La structure, qui devra rendre ses propositions dans un délai de six mois, bénéficiera d’un budget de fonctionnement alloué.

Choose Africa

Choose Africa

Alors que l’association Digital Africa, créée pour soutenir les entrepreneurs innovants sur le continent, était au bord de la dissolution en mai dernier en raison d’une grave crise de gouvernance (relire bulletin #124), elle se rapproche de Proparco pour rebondir, se transformant en une sorte de filiale de l’institution financière dédiée au secteur privé. Cette décision majeure permettra de renforcer l’initiative Choose Africa au bénéfice des start-ups africaines en phase de création. Les jeunes pousses numériques se verront notamment octroyer 130 M€ supplémentaires sur la période 2022-2025, à comparer aux 65 M€ annoncés et déjà engagés pour 2018-2022. Une nouvelle communauté d’entrepreneurs a par ailleurs été lancée pour mettre en réseau les TPE/PME du continent. Pour aller plus loin dans l’accompagnement des entrepreneurs africains, en particulier lors de la phase d’amorçage, l’initiative Choose Africa renforcera son offre en créant des synergies entre Proparco et Digital Africa.

Dans le domaine culturel et sportif ont été annoncés d’autres engagements, dont le lancement d’un fonds de soutien à l’accueil d’exposition et à la circulation d’œuvres d’un montant de 300 K€ sur trois ans, finançant entre trois et cinq projets par an, à destination d’institutions muséales africaines, permettant aux publics de ces musées de voir des œuvres jusque-là inaccessibles. Certains programmes existants, comme le programme « Accès Culture » (qui vise à financer des micro-projets culturels entre l’Afrique et la France à fort impact social) ou le programme d’incubation et d’accélération « Afrique créative » (à destination des entrepreneurs des industries culturelles et créatives), seront étendus géographiquement et abondés de 2,5 M€ chacun.

Enfin, sur la suggestion d’une jeune activiste africaine, le président français a décidé de rebaptiser l’Agence Française de Développement (AFD). Si la nouvelle dénomination demeure inconnue, l’objectif est de véhiculer l’idée d’un investissement solidaire, à l’impact beaucoup plus visible et inclusif que l’aide au développement, et passant fortement par la société civile.

 

Logiciel & services financiers : Ejara / CoinShares Ventures / Anthemis Group / Mercy Corps Ventures / Lateral Capital / LoftyInc Capital / NetX Fund / Socially Financed (Cameroun / France / Royaume-Uni / États-Unis)

© Ejara

© Ejara

La start-up franco-camerounaise Ejara, dont le siège social est sis à Bordeaux et l’adresse principale à Douala (capitale économique du Cameroun), avec une antenne supplémentaire à Los Angeles, lève 1,7 M€ (2 M$) pour contribuer à protéger le patrimoine et diversifier l’épargne des populations d’Afrique francophone (voir fiche opération sur CFNEWS). Grâce à la technologie blockchain, son application d’investissement en cryptographie permet à tout détenteur de smartphone d'acheter, de transférer, de sauvegarder et d’épargner en toute sécurité - et à coût abordable - des actifs numériques fractionnés. Avant ce tour d’amorçage mené par les britanniques CoinShares Ventures et Anthemis Group, la jeune pousse avait bénéficié d’un soutien financier et opérationnel de la part de Resiliance (le fonds d’investissement du groupe Touton) et Bpifrance. La levée de fonds a également vu la participation des américains Mercy Corps Ventures, Lateral Capital, LoftyInc Capital et de NetX Fund, ainsi que des business angels Pascal Gauthier (P-dg de Ledger) et Jason Yanowitz (Blockworks), sans oublier un fonds social syndiqué, Socially Financed. Fondée en 2019 au Cameroun par Nelly Chatue-Diop et Baptiste Andrieux, la cible s’est rapidement étendue en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali, en Guinée et au Sénégal, mais aussi dans la diaspora francophone en Europe et en Amérique du Nord grâce à son partenariat avec Moonpay.

 

E-commerce : Chari.ma / Rocket Internet / Global Founders / P1 Ventures / Plug and Play / ‎Y Combinator / Warburg Pincus Private Equity / Reflect Ventures / Orange Ventures / SPE Capital (Maroc / Allemagne / États-Unis / France / Tunisie)

Sélectionnée par Orange Ventures parmi 500 jeunes pousses d’Afrique et du Moyen-Orient, Chari.ma devient la première start-up marocaine à accueillir la branche de capital-risque du géant des télécoms dans son capital. - © Chari.ma

Sélectionnée par Orange Ventures parmi 500 jeunes pousses d’Afrique et du Moyen-Orient, Chari.ma devient la première start-up marocaine à accueillir la branche de capital-risque du géant des télécoms dans son capital. - © Chari.ma

Le site de commerce électronique B2B Chari.ma, basé à Casablanca, finalise son plus gros tour de table en collectant 4,3 M€ (5 M$) en amorçage auprès des berlinois Rocket Internet et Global Founders et du franciscanais P1 Ventures en lead. Ont également participé à cette levée de fonds de nombreux investisseurs, en majorité américains (Plug and Play, ‎Y Combinator , Warburg Pincus Private Equity, Reflect Ventures…)‎, mais aussi le français Orange Ventures, le tunisien SPE Capital, ‎la famille Chandaria ou encore Michael Lahyani, P-dg fondateur de Propertyfinder (voir fiche opération sur CFNEWS)‎. Cette opération valorise la pépite marocaine autour de 60 M€ (70 M$). Fondée en 2020 par Ismael Belkhayat et Sophia Alj, elle développe une application de e-commerce B2B actuellement utilisée par plus de dix mille épiceries du royaume chérifien. Espérant atteindre un chiffre d’affaires supérieur à 19 M€ (200 MMAD) pour l’année en cours, la start-up compte utiliser les ressources récoltées pour étendre ses produits (dont Karny, son application fintech acquise en août dernier), à toute l’Afrique francophone, tout en intégrant des services financiers tels que le paiement numérique, le transfert d’argent et BNPL dans sa feuille de route produit. ‎

 

Fonds - fin de parcours : Emerging Capital Partners (Afrique / États-Unis / France)

Hurley Doddy, Emerging Capital Partners (ECP)

Hurley Doddy, Emerging Capital Partners (ECP)

Après deux décennies d’activité, Emerging Capital Partners (ECP), l’un des vétérans incontournables du capital-investissement en Afrique, s’apprêterait à tirer sa révérence. En témoignent les départs de plusieurs de ses figures de proue, dont celui de Vincent Le Guennou, associés co-fondateurs et co-P-dg d’ECP depuis 2010, en charge du bureau parisien, et qui vient d’intégrer la plateforme d’investissement panafricaine Africa50 (relire bulletin #149). Selon le média Jeune Afrique, les associés fondateurs n’ayant pas encore quitté le navire seraient sur le point de « lever le pied ». Hurley Doddy, co-P-dg du gestionnaire de fonds franco-américain, a d’ailleurs rappelé que le dernier véhicule d’investissements en date (ECP Africa Fund IV), dont le premier closing est intervenu en juillet 2016, est arrivé à la fin de sa période d’engagement au mois de juillet dernier.

 

Services financiers : Royal Exchange General Insurance Company / AfricInvest (Nigéria / Tunisie)

© Royal Exchange General Insurance (REGIC) / AfricInvest

© Royal Exchange General Insurance (REGIC) / AfricInvest

L’assureur non-vie nigérian Royal Exchange General Insurance (REGIC) fait entrer le capital-investisseur tunisien AfricInvest - fort de plus de 180 investissements dans plus de 25 pays africains - dans son capital en qualité d’actionnaire minoritaire. Il s’agit du premier engagement au Nigeria du véhicule Financial Inclusion VEhicle (FIVE) qui réalise des investissement sen capital dans des institutions financières africaines, et de la septième entreprise à intégrer son portefeuille. Ni le pourcentage d’acquisition si le montant déboursé n’ont été divulgués, mais la transaction est évaluée à 3,1 Md€ (3,6 Md$). Les autres actionnaires de la cible sont la société mère Royal Exchange (un groupe de services financiers diversifiés basé à Lagos), et le fonds d’investissement InsuResilience géré par le fonds suisse à impact BlueOrchard Finance. Cette augmentation de capital permettra à l’assureur nigérian de renforcer sa digitalisation, d’élargir sa base de clients et de renforcer ses produits à l’endroit de secteurs d’activités clés grâce au déploiement d’une stratégie commerciale rénovée.

 

Nouveau fonds : Sanlam Investment Holdings Proprietary Limited / Sanlam / Absa (Afrique du Sud)

© Absa / Sanlam

© Absa / Sanlam

Un poids lourd vient de naître en Afrique du Sud. Fruit de l’union des groupes de services financiers Sanlam et Absa (ex Barclays Africa), Sanlam Investment Holdings Proprietary Limited (SIH) sera l’un des plus grands gestionnaires d’actifs du pays avec plus de 58 Md€ (1 000 MdZAR) d’actifs sous gestion, soit davantage que ses concurrents Coronation, Stanlib et Old Mutual Investment Group (OMIG). Pour cela, les deux géants financiers ont choisi de regrouper leurs activités de gestion d’investissements. Dans le détail, le prêteur Absa renonce à son activité de 14 Md€ (238 MdZAR) en contrepartie d’une participation pouvant aller jusqu’à 17,5 % dans la société de gestion d’actifs créée par Sanlam avec African Rainbow Capital (ARC) de Patrice Motsepe. Sanlam Investment Holdings Proprietary Limited (SIH) était jusque-là détenue à 75 % par Sanlam et à 25 % par ARC Financial Services.

 

Nouveau fonds : Social Enterprise Fund for Agriculture in Africa / Sahel Capital / KFW (Afrique subsaharienne / Nigeria / Allemagne)

© Sahel Capital

© Sahel Capital

La société de capital-investissement et de conseil nigériane Sahel Capital et la banque allemande KFW ont récemment lancé un fonds d’impact de 20,5 M€ (24 M$) pour investir en fonds propres et quasi-fonds propres dans la chaîne de valeur agricole d’Afrique subsaharienne. Social Enterprise Fund for Agriculture in Africa (SEFAA) vise à combler le déficit de financement des entreprises en phase de démarrage, et à soutenir la production des petits exploitants. Sahel Capital interviendra en qualité de conseiller en investissement et KfW en tant que parrain. Le nouveau véhicule prendra des tickets compris entre 256 K€ et 2 M€ (300 K$ et 2,4 M$). Pour son premier fonds, dédié au financement de l’agriculture au Nigeria et dont le closing final remonte à 2017, Sahel Capital avait réuni environ 55 M€ (65,9 M$).

 

Événements :

  • 12 octobre (11-12h, disponible ensuite en replay sur le site https://forumafrique.lemoci.com) : webconférence sur les entrepreneurs en tant que moteurs des échanges africains, deuxième épisode du dixième Forum Afrique 100 % digital organisé par le Moniteur du Commerce International (MOCI). Au programme : la relance des investissements des PME et ETI françaises en Afrique, les secteurs porteurs, les problématiques de relocalisation et la récente initiative de la rencontre des entrepreneurs francophones, mais aussi les potentiels de l’Afrique du Nord comme terre possible de relocalisation des chaînes de valeurs des entreprises françaises, ainsi que les compétences et le recrutement des ressources humaines en Afrique.
  • Strasbourg, 29-30 octobre : deuxième édition du Sommet de la Diaspora Africaine, « Construire demain », organisé par l'association AFRIQU’Elles, un événement qui rassemblera la diaspora et son réseau, les acteurs économiques, sur le sujet de l’entrepreneuriat et de l’innovation en lien avec le continent africain. Objectifs : mettre l’accent sur la dynamique du continent et de son écosystème, imaginer et construire ensemble les 1001 facettes de l’Afrique de demain, et favoriser des relations Europe / Afrique dans un rapport gagnant / gagnant. La rencontre sera l’occasion de lancer une levée de fonds pour financer les projets portés par la diaspora en lien avec le continent africain.

 

Et aussi :

  • L’opérateur français Orange a été sélectionné par les autorités mauritaniennes pour un projet de câbles haut débit estimé à près de 150 M€, destiné à connecter l’intérieur du pays, où le réseau internet demeure défaillant et peu étendu.
  • AgroServ Industrie, producteur burkinabé de farine, de gritz, de semoule et de son de maïs, s’apprête à lever 13 M€ (15 M$) avec l’aide de l’investisseur français à impact I&P, afin de lancer de nouvelles activités à Bobo-Dioulasso.
  • En Côte d’Ivoire, la mise en œuvre d’un nouveau chantier de construction d’installations d’approvisionnement en eau potable, lancé dans le département d’Agboville, a été confiée à Razel-Bec, la filiale du groupe français Fayat, et au Consortium de génie civil de Côte d’Ivoire (CGC-CI). S’inscrivant dans le cadre d’un programme global d’un coût de 129 M€, le projet comprend la construction de trois châteaux d’eau.
  • Le fonds d’amorçage tunisien Flat6Labs a récemment réalisé le second closing à 8,6 M€ (10 M$) de son véhicule Anava Seed Fund (ASF), qui s’est fixé pour mission d'investir dans plus de 75 start-up tunisiennes sur une période de cinq ans en mettant l’accent sur l’innovation et l’économie du savoir.
  • Le Fonds pour le développement des exportations en Afrique (Feda), filiale de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), s’associe avec le singapourien Gateway Partners pour lancer l’Africa Credit Opportunities Fund (ACOF), une JV qui sera basée à Singapour. Sa vocation : fournir des solutions de financements aux entreprises africaines, via des instruments de crédit structurés, et stimuler la croissance du commerce intra-africain.
  • Le groupe Inovie, spécialiste français du diagnostic médical, déjà actif au Maroc via une filiale locale, va prendre pied à Abidjan, la capitale ivoirienne.
  • HEC Paris lance aujourd’hui en Afrique le programme  Challenge +, destiné à aider des porteurs de projets, scientifiques et ingénieurs à élaborer leur business plan tout en renforçant leur stratégie de développement. Les vingt participants de la première promotion bénéficieront d’une formation hybride, dispensée dans les locaux de HEC Paris à Abidjan, à moitié par visioconférence par les professeurs d’HEC Paris, l’autre moitié par des experts et entrepreneurs locaux.

 

Bonne fin de semaine et à mardi prochain !

Une information à nous soumettre pour ce Bulletin Afrique ? Écrivez-nous à : stephanie.roux@cfnews.net

Retrouvez l'ensemble des chroniques CFNEWS (Afrique, mais aussi Asie et Amérique latine) :