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Chronique

Afrique #74 : Banque Tuniso-Koweïtienne, Rensource Energy, Parc Taza, Schoolap...

PAR  | 07 janvier 2020 | 2525 mots
Siège de la Banque Tuniso-Koweitienne (BTK) à Tunis

Siège de la Banque Tuniso-Koweitienne (BTK) à Tunis - © BTK

Banque : Banque Tuniso-Koweïtienne / État tunisien / BPCE (Tunisie / France)

Alors que le groupe bancaire marocain Banque Centrale Populaire (BCP) avait signifié en septembre 2018 son intention de racheter les participations du groupe bancaire français Banque Populaire Caisse d’épargne (BPCE)  dans quatre banques en Afrique, dont la Banque Tuniso-Koweïtienne (BTK) (relire bulletin #22 ), l’État tunisien a décidé d’exercer son droit de préemption. En décembre dernier, il a donc racheté la participation de 60 % du groupe bancaire français dans le capital de BTK, montant ainsi à 80 % de parts, et devenant de ce fait l’actionnaire majoritaire de la banque (voir fiche opération sur CFNEWS). Le solde est conservé par la Kuwait Investment Authority (KIA), un fonds souverain koweïtien. Acteur historique du secteur bancaire en Tunisie depuis sa création en 1980, BTK était valorisée46 M€ en septembre 2018. Au terme de l’exercice clôturé au 31 décembre 2018, elle affichait un résultat net déficitaire de 2,5 Md€ (7,7 MdTND). Les motivations de l’État tunisien, qui n’ont pas été explicitées par les autorités, suscitent maintes supputations de la part des experts internationaux du secteur. Cette cession s’inscrit dans la stratégie de désengagement du continent de BPCE, désireux de se recentrer sur d’autres marchés. Les autres filiales concernées sont la Banque Internationale du Cameroun pour l’Épargne et le Crédit (BICEC) , troisième acteur bancaire du Cameroun ; la Banque Malgache de l’Océan Indien (BMOI) , quatrième acteur bancaire de Madagascar ;  et la Banque Commerciale Internationale (BCI) , quatrième acteur bancaire de la République du Congo.

 

EnR : Rensource Energy / CRE Venture Capital / Omidyar Network (Nigeria / Afrique du Sud / États-Unis / France / Espagne)

Grâce à ses solutions off grid solaires, Rensource Energy réduit la dépendance des commerçants aux groupes électrogènes qui sont polluants et occasionnent souvent des incendies mortels dans les marchés.

Grâce à ses solutions off grid solaires, Rensource Energy réduit la dépendance des commerçants aux groupes électrogènes qui sont polluants et occasionnent souvent des incendies mortels dans les marchés. - © Rensource Energy

Le nigérian Rensource Energy , fondé en 2015 à Lagos et spécialisé dans le développement de réseaux off-grid pour les marchés urbains et PME, lève 17,9 M€ (20 M$) en série A auprès du VC sud-africain CRE Venture Capital et de la société d’investissement américaine Omidyar Network (créée par le fondateur de eBay , Pierre Omidyar ). Six autres investisseurs ont participé à l’opération, dont le sud-africain Inspired Evolution , les français Proparco et I&P et l'espagnol EDP ​​Renováveis ​​(EDPR) . Voir fiche opération sur CFNEWS. Active à ce jour sur sept sites commerciaux, dans six des trente-six États du pays, la pépite nigériane prévoit d’élargir son activité - dans les deux ans à venir - à une centaine de marchés au Nigeria et en Afrique de l’Ouest. Dans un premier temps, elle équipera les toits de vingt marchés alimentaires locaux de panneaux solaires, et les dotera de batteries pour le stockage de l’énergie et le contrôle de la tension. Ses fondateurs, Ademola Adesina et Jussi Savukoski , utiliseront également ces nouvelles ressources financières pour lancer un progiciel de gestion intégré à l’intention des commerçants, afin de faciliter le suivi de leur chaîne d’approvisionnement, l’analyse des données financières, et la gestion de leur trésorerie. Au Nigeria, pourtant plus grande économie d’Afrique, 40 % de la population n’a toujours pas accès à l’électricité aujourd’hui, mais des alternatives de mieux en mieux structurées (à l’instar de celle de Rensource Energy) émergent face aux générateurs électriques bruyants, polluants et potentiellement dangereux.

 

EnR : Parc éolien de Taza / EDF Renouvelables / Mitsui & Co / Office National de l’Électricité et de l’Eau potable du Maroc (Maroc / France / Japon)

Dans sa première phase, le parc éolien de Taza, qui comprendra 27 turbines éoliennes fabriquées par General Electric, permettra de produire l'équivalent de la consommation électrique d’une ville d’environ 350 000 habitants.

Dans sa première phase, le parc éolien de Taza, qui comprendra 27 turbines éoliennes fabriquées par General Electric, permettra de produire l'équivalent de la consommation électrique d’une ville d’environ 350 000 habitants. - Pixabay

À Rabat, l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable du Maroc (ONEE) et la Moroccan Agency for Sustainable Energy (MASEN) , ont signé le 18 décembre dernier, avec le consortium franco-japonais EDF Renouvelables  / Mitsui & Co . , des contrats de projet relatifs à la réalisation de la première phase du parc éolien de Taza, dont la mise en service est prévue pour fin 2021. La réalisation de la première phase a fait l’objet deux jours plus tard d’une opération de financement avec le concours d’un groupement de banques japonaises, emmené par la Japan Bank for International Cooperation (JBIC) et comprenant NEXI , MUFG et SMBC , ainsi que la banque marocaine BMCE. S’inscrivant dans le cadre de la stratégie énergétique du Maroc, dont l’objectif est d’atteindre 52 % de puissance électrique installée à base d’EnR d’ici à 2030, la nouvelle infrastructure permettra de produire 87 MW d’électricité, puis jusqu’à 150 MW à terme. Elle sera opérée par le groupement composé d’EDF Renouvelablespour leMoyen-Orient et l’Afrique et la compagnie japonaise Mitsui & Co. (voir fiche opération avec les conseils sur CFNEWS IMMO & INFRA).

 

Société Générale Côte d’Ivoire / NSIA Banque Côte d’Ivoire / Proparco (Côte d’Ivoire / France)

Panneaux solaires de l'université de Strathmore à Nairobi au Kenya

Panneaux solaires de l'université de Strathmore à Nairobi au Kenya - © Boisseaux-Imageo / Croix-Rouge Française / SUNDEF

Lancée en mars 2019 par le gouvernement français pour un coût total de 2,5 Md€, l’initiative Choose Africa poursuit sur sa lancée en matière de financement et d'accompagnement des entreprises africaines, avec la signature, le 21 décembre dernier, de trois accords de financement d’une valeur de 32,5 M€ entre Proparco , la filiale de l'Agence Française de Développement (AFD) dédiée au secteur privé, et deux groupes bancaires ivoiriens. Le premier accord signé avec la Société Générale Côte d’Ivoire (SGCI), qui est estimé à 15 M€, porte sur un projet pilote qui permettra le développement d’une offre de garantie sur des opérations de court terme de Trade Finance. Signé avec la SGCI et NSIA Banque CI (filiale ivoirienne du groupe panafricain NSIA ), les deux autres accords - évalués respectivement à 10 M€ et 7,5 M€ - entrent dans le cadre du programme « Sustainable Use of Natural Resources and Energy Finance (SUNREF) », une ligne de finance verte piloté par l’AFD et qui aide les entreprises de lutter contre le changement climatique. Ces deux accords devraient favoriser l’émergence de projets entrepreneuriaux éco-responsables en Côte d’Ivoire. A ce jour, l’initiative Choose Afrique a déjà mobilisé 1 Md€ au profit des start-up, TPE et PME du continent, dont plus du tiers (370 M€) en Afrique de l’Ouest, et environ 100 M€ en Côte d’Ivoire.

 

Éducation : Schoolap / Flash International (République Démocratique du Congo / Maurice)

Revendiquant déjà 91 727 élèves en RDC, Schoolap donne accès à des leçons et cours en ligne correspondant aux programmes éducatifs nationaux et validés par des professionnels de l’enseignement.

Revendiquant déjà 91 727 élèves en RDC, Schoolap donne accès à des leçons et cours en ligne correspondant aux programmes éducatifs nationaux et validés par des professionnels de l’enseignement. - © Schoolap

La palme de la plus grande levée de fonds réalisée en Afrique centrale en 2019 revient à Schoolap, fournisseur de services numériques éducatifs en RDC, qui a réuni le mois dernier 448 K€ (500 K$) lors d’un tour de table mené par Flash International, une plateforme de distribution de services financiers et d'agrégation de SVA basée à Maurice et dirigée par Jonathan Johannesen. Cet apport permettra à la jeune pousse de financer la première phase de développement de ses activités, dans un premier temps dans trois provinces de la RDC. Lancée en 2018 et dirigée par Pascal Kanik, elle a vocation à améliorer la qualité de l’éducation congolaise en fournissant notamment des tablettes numériques donnant accès aux leçons et cours correspondants aux programmes éducatifs nationaux. Flash International et ses co-investisseurs seraient en outre disposés à débourser jusqu’à 4,5 M€ (5 M$) supplémentaires pour ses prochaines étapes de développement.

 

Nomination - Avocats : Asafo & Co (Maroc / France)

Alain Gauvin, Asafo & Co

Alain Gauvin, Asafo & Co

Alain Gauvin rejoint ce mois-ci Asafo & Co , cabinet 100 % dédié au continent africain fondé en 2019 par le togolais Pascal Agboyibor , suite à son départ d'Orrick . Basé à Paris, le cabinet dispose d’antennes à Abidjan, Johannesbourg, Casablanca (relire bulletin #60 ) et Alger au Maroc, ainsi que Mombasa et Nairobi au Kenya. La nouvelle recrue exerçait depuis 2007 chez LPA-CGR et avait été promue associée dès 2009. Spécialiste de la réglementation bancaire et financière et des opérations de marché, Alain Gauvin assumera la responsabilité des bureaux de Casablanca et d'Alger d’Asafo & Co.

 

Événements :

  • Paris 8ème (CCI Paris Île-de-France, 27 avenue de Friedland ), 7 février : Forum Afrique 2019, organisé par la revue Le Moniteur du Commerce International (MOCI) en partenariat avec le Conseil Français des Investisseurs en Afrique (CIAN) et la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) Paris Île-de-France , dans le prolongement de la publication du Rapport CIAN 2019. Comprenant conférences, tables rondes, ateliers et rendez-vous B2B, il aura pour thème: «L’Afrique à l’heure du libre-échange transcontinental: quels enjeux pour les entreprises ?».

 

Et aussi... 

  • L’une des plus grosses opérations du secteur bancaire en Afrique de 2019 pourrait ne pas se finaliser selon les termes initialement annoncés. Equity Group, l’un des plus importants groupes financiers du Kenya, peine en effet à s’accorder avec la holding londonienne cotée Atlas Mara au sujet de l’acquisition des quatre filiales bancaires détenues par cette dernière dans des pays africains (Tanzanie, Mozambique, Rwanda et Zambie). En avril dernier, Equity Group avait fait part de son intention de racheter, pour un montant de 89 M€ (99 M$), les participations d’Atlas Mara dans les quatre filiales, en échange d’une ouverture de 6,3 % du capital du groupe kényan à la holding financière britannique.
  • Au bord de la faillite, la nouvelle Conserverie Algérienne (NCA) Rouiba, leader dans la production et la distribution de jus de fruits et de nectars, est - depuis début décembre - en pourparlers avec le mastodonte français des boissons Castel . Ce dernier, soucieux de réduire les importations des matières premières entrant dans la fabrication de ses produits brassicoles, a par ailleurs décidé de cibler désormais des investissements dans le secteur agricole, plus précisément le maïs et le sucre.
  • À l’issue d’une longue bataille de l’eau de deux ans et demi entre Suez et la Sénégalaise Des Eaux (SDE), la société française vient d’obtenir officiellement la délégation de la distribution de l’eau à Dakar et en zone périurbaine au Sénégal. D’une durée de quinze ans, le contrat d’affermage, qui a pris effet ce 1er janvier, créée une société de droit sénégalais avec un actionnariat sénégalais à 55 % et prévoit l'intégration par Suez des 1 200 professionnels jusqu'alors employés par la SDE
  • En Côte d’Ivoire, les autorités viennent d’approuver l’offre du consortium Star - regroupant les groupes français Bouygues Travaux Publics , Alstom , Colas Rail et Keolis  - pour la construction de la première ligne du métro d’Abidjan. L’accord de prêt s’élève à près de 48 M€ (31,4 MdXOF), tandis que le coût total des travaux de construction est estimé à 1,36 Md€. Si les travaux ont été officiellement lancés en novembre 2017, le gros du chantier devrait débuter fin 2020.
  • Le groupe Orange s’allie avec l'agence de coopération internationale allemande pour le développement, la GIZ, afin de développer les compétences numériques de vingt mille jeunes dans quatorze pays de la région Afrique et Moyen-Orient (MENA). Les deux partenaires regroupent leurs compétences et ressources, avec une contribution financière de 20 M€ pour Orange et jusqu'à 10 M€ pour la GIZ. Ils ont commencé dans ce cadre à établir des hubs numériques dans la région, les Orange Digital Centres (ODC). Chaque ODC comprend une école du code, un FabLab Solidaire, un accélérateur de start-up « Orange Fab » et Orange Digital Ventures Africa , le fonds d’investissement du groupe tricolore.
  • En Mauritanie, Tasiast Mauritanie Limited S.A. (TMLSA), filiale de Kinross Gold Corporation qui exploite depuis 2010 la mine d'or de Tasiast, a obtenu un accord de prêt de 268 M€ (300 M$) de la part de la Société Financière Internationale (SFI) , de l’agence Exportation et Développement Canada , d’ING Bank et de la Société Générale , afin d’appuyer l’exploitation de cette mine. Il s’agit du plus grand investissement jamais réalisé par la SFI en Mauritanie.
  • Dans le cadre de l’initiative Choose Africa, Proparco a conclu en Mauritanie à la mi-décembre un accord avec la filiale locale du marocain Attijari Bank, visant à garantir des prêts à environ 140 PME mauritaniennes, à hauteur de 5,5 M€.
  • L’opérateur de transport français Transdev , qui exploite le premier tramway mis en service au Maroc en mai 2011, renouvelle pour dix ans son contrat d’exploitation du réseau de Tramway de Rabat-Salé-Témara (deux lignes de tramway couvrant une longueur totale de 27 km et comprenant 43 stations voyageurs).
  • Au Cameroun, le français Coopex Montbéliarde a décroché en décembre un marché de près d’1 M€ (541 MXAF) relatif à l’acquisition progressive des vaches laitières et la reproduction des semences bovines.

 

Bonne fin de semaine et à mardi prochain.

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