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Chronique

Asie : Carrefour Chine, De Fursac, Inhabit, L’Oréal...

PAR  | 26 juin 2019 | 1527 mots
Carrefour

© carrefour.fr

Chronique Asie

Distribution : Carrefour Chine / Suning (France / Chine)

L’e-commerce a submergé les grands distributeurs traditionnels en Chine, Carrefour quitte cet immense marché. Présent dans l’empire du milieu depuis 1995 et faisant partie de l’un des pionniers, Carrefour vendra 80 % du capital de ses activités chinoises à Suning , distributeur au profil identique à celui de Groupe Fnac-Darty. La transaction s’établit sur une base de valorisation de 6 milliards de yuans, soit 774 M€ (un multiple de 11,7 fois l'Ebitda), le prix pour l’acquisition de 80 % des titres s’élevant ainsi à 620 M€. La valeur d’entreprise induite atteint 1,4 Md€, en prenant en compte la valeur des fonds propres, l’endettement financier net, la dette liée aux shopping cards (environ 400 M€) et des intérêts minoritaires. Le groupe français pesant environ 85 Md€ de revenus conserve 20 % du capital et 2 sièges sur 7 au board; il gardera également une option de cession de ses parts minoritaires à Suning. En outre, la marque « Carrefour » devrait subsister au moins cinq ans et le groupe souhaite y rester pour observer la mutation numérique de la distribution en Chine, dotée des technologies avancées comme le paiement numérique, la reconnaissance faciale et le magasin automatique (lire aussi l’article CFNEWS : Carrefour Chine rejoint un distributeur multicanal chinois ).

Fondé en 1990, Suning était au départ un distributeur pur d’électroménager et s’est transformé en distributeur multicanal en raison de la montée en puissance de l'e-commerce. Coté à Shenzhen, le groupe générant plus de 30 Md€ de revenus, basé à Nanjing (près de Shanghai), dispose d’un réseau de plus de 8 880 magasins d’électroménager et de proximité dans plus de 700 villes chinoises et revendique d'être la troisième plateforme d’e-commerce B2C du pays Suning.com. Par ailleurs, il est actionnaire majoritaire du club Inter Milan depuis 2016 (lire aussi notre précédente chronique ) et possède PPTV (PPLive), plateforme de vidéo en ligne dédiée à la retransmission de match football. Alibaba, qui opère aujourd’hui avec Auchan pour ses activités de grande distribution en Chine sous la marque RT-Mart (Sun Art Retail Group, coté à Hong-Kong), est le deuxième plus grand actionnaire de Suning avec environ 20 % du capital.

Mode : De Fursac / SMCP, Shandong Ruyi (France / France, Chine)

La boutique de De Fursac Opéra Paris

La boutique de De Fursac Opéra Paris, DR

De Fursac rejoint le catalogue des marques de luxe accessible SMCP (lire aussi l’article CFNEWS : De Fursac défile avec d’autres marques ). Près de deux ans après son IPO (lire aussi : SMCP habille les marchés boursiers ), SMCP détenu majoritairement par le groupe textile chinois Shandong Ruyi  depuis 2016, annonce l’acquisition de la maison De Fursac pour compléter son offre sur le marché du luxe “accessible” pour homme. La transaction, qui porte sur 100 % du capital de De Fursac et dont le montant est confidentiel, permet la sortie du FCDE qui avait injecté 11 M€ pour détenir une part d’environ 30 % du capital en 2012 auprès du dirigeant et actionnaire majoritaire Edmond Cohen. L’opération, dont le closing est prévu avant la fin du troisième trimestre, sera financée en totalité par une dette déjà intégralement mise en place. Car il y a à peine un mois, le groupe avait remis à plat sa structure financière en anticipant le remboursement du reliquat de 180 M€ de sa dette High Yield contractée pour un montant global de 370 M€ en 2016 et des 110 M€ tirés sur son crédit revolving datant d’octobre 2017. SMCP a contracté à la place l’équivalent d’une dette senior cov-lite arrangée par BNP Paribas et Crédit Agricole CIB de 265 M€ assortie d’un crédit revolving de 200 M€, réduisant son coût de financement moyen d’environ 200pb à 2,6 % (lire aussi notre précédente chronique ).

Le groupe chinois Shandong Ruyi cherche à bâtir son empire dans la mode avec plusieurs célèbres marques comme les françaises SMCP (coté sur Euronext), la suisse Bailly, la britannique Aquascutum, la japonaise Renown Incorporated, la hongkongaise Trinity Group. Par ailleurs, après la finalisation de l'acquisition de Lycra Group (anciennes activités textiles pour la mode du groupe américain Invista), il prépare l’IPO de cette nouvelle filiale aux États-Unis.

Services aux entreprises : Inhabit / Egis (Chine / France)

Egis InhabitAprès l’acquisition majoritaire du hongkongais 10 Design en 2017 (lire aussi notre chronique précédente ), Egis aux 1,13 Md€ de revenus y renforce encore sa présence. La filiale d'ingénierie d'infrastructure de Caisse des Dépôts à 75 %, conseillée par les équipes CF et TS de Deloitte et August Debouzy , a pris une majorité du capital du hongkongais Inhabit. Créée en 2009, la cible, spécialisée en missions d’études de conception et d’exécution dans le domaine du bâtiment, notamment en enveloppes et environnement, compte environ 300 salariés repartis entre l’Asie du Sud-Est, l’Australie, le Moyen-Orient et le Royaume-Uni. L’acquisition enrichit notamment les expertises d’Egis dans le bâtiment (la conception de façades, environnementale et l’ingénierie) et renforce sa présence en Asie du Sud-Est.

Mode : Sonia Rykiel (France)

La maison de couture Sonia Rykiel , qui avait été rachetée à 80 % en 2012 par Fung Brands -contrôlé par la famille hongkongaise Fung-, est mise en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Paris devrait se prononcer tout début juillet sur un repreneur. Selon le Fashion Network, il y a une dizaine de propositions, dont trois ou quatre sortaient du lot. Parmi les repreneurs mieux placés : un groupe chinois dont l'identité n'est pas connue, mais aussi un distributeur de mode français et enfin un conglomérat mené par Emmanuel Diemoz, ancien dirigeant de Balmain, déjà candidat à la reprise de Carven à la barre l'an dernier, qui a au final remporté par le chinois Icicle pour 42 M€ (lire notre chronique précédente ).

En 2016, après la mort de son emblématique créatrice éponyme, la griffe avait supprimé un quart de ses effectifs afin de se relancer. Le cinquantième anniversaire de la marque l’an dernier, célébré alors par plusieurs événements festifs, n'avait pas non plus réussi à redynamiser les ventes. Son chiffre d'affaires l'an dernier était tombé à 35 M€, presque deux fois moins qu'en 2012 lors de l’acquisition par Fung Brands, avec plus de 30 millions de pertes opérationnelles.

Nomination : L’Oréal Chine

Fabrice Megarbane, L'Oréal Chine

Fabrice Megarbane, L'Oréal Chine

L’Oréal , géant coté de produits cosmétiques, nomme un nouveau CEO pour la Chine, son deuxième marché après les Etats-Unis. L’an dernier, il y a réalisé environ 10 % de 26,9 Md€ de chiffres d’affaires avec une croissance de plus de 30 % dans le pays. Fabrice Megarbane, ancien DG allemand, prendra la direction le mois prochain de l’entité chinoise en succédant à Stéphane Rinderknech, qui devrait pour sa part avoir de nouvelles fonctions au sein du groupe. Le nouveau DG chinois exerce chez L’Oréal depuis 2000. Il avait occupé plusieurs postes au Moyen-Orient comme DG libanais avant de prendre en octobre 2015 la direction des activités outre-Rhin.

Et aussi : 

La biotech lilloise Genfit , cotée au Nasdaq et sur Euronext, a signé un partenariat stratégique de 228 M$ (environ 200 M€) avec la société sino-américaine Terns Pharmaceutical pour le développement et la commercialisation de son candidat-médicament elafibranor en Chine. Le composé propriétaire est pour le traitement de la stéatohépatite non alcoolique (NASH) et de la cholangite biliaire primitive (PBC).

Le Groupe Landmark, basé à Dubaï, et HSBC ont réalisé la toute première transaction reliant deux plateformes blockchain totalement indépendantes, prouvant de fait leur interopérabilité. La transaction concernait la vente de marchandises de l’entreprise Bee Dee Industries implantée à Hong Kong à l’entreprise Babyshop, appartenant au Groupe Landmark. Une lettre de crédit a été émise par HSBC sur la plateforme Voltron tandis que le Groupe Landmark a utilisé l'autre plateforme ReChainME. Grâce au suivi en temps réel, le délai de l’opération a pu être réduit de 12 jours, soit 40 % du temps nécessaire dans un environnement classique.

Bonne semaine !

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