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Chronique

Asie : Macquarie, Alibaba, Naïve Blue, ATEC, Dr. Jart+...

PAR  | 27 novembre 2019 | 2764 mots
Autoroutes Paris-Rhin-Rhône

 

Les Autoroutes Paris-Rhin-Rhône opèrent plus de 2 300 km dans l'Est de la France. DR

Infrastructure routière : Eiffage / Macquarie / APRR (France / Australie)

L'actionnariat des Autoroutes Paris-Rhin-Rhône (APRR) et d'Adelac (A41 Nord entre Annecy et Genève) se recompose. Deux opérations viennent de se signer, la première permettant le renforcement indirect de son principal actionnaire Eiffage, et la seconde actant la sortie d'un autre grand investisseur de long terme, le fonds australien dédié à l’infrastructure du monde Macquarie Infrastructure and Real Assets (MIRA).
La recomposition s'est d'abord concrétisée par l'acquisition par Eiffage, de 4 % du capital de MAF2 (Macquarie Autoroutes de France 2). Effectuée de gré à gré et encore soumise à conditions, cette transaction représente un investissement net proche de 150 M€. À sa finalisation, au premier semestre 2020, le groupe de BTP et de concessions se renforcera donc indirectement de 2 % au capital d'APRR et d'Adelac, et détiendra ainsi 54 % plus 1 action d'Eiffarie, holding détentrice de l’APRR.
De son côté, MIRA cède sa dernière participation de 16,28 % dans MAF (Macquarie Autoroutes de France), soit 8,14 % dans APRR à Atlas Arteria (ALX, coté à Sydney), le fonds anciennement connu sous le nom de Macquarie Atlas Roads, qui a pris son indépendance de Macquarie et est déjà présent au capital de MAF2 à hauteur de 50 %, soit près de 25 % d'APRR. Une opération, dont la finalisation est prévue pour le premier trimestre 2020, qui représente un montant de 867 M€. MIRA détenait depuis 2006 une participation dans APRR et a notamment participé au développement d'Adelac, liaison clé ouverte à la circulation en décembre 2008. Avec la sortie de MIRA de son investissement de long terme, le contrat de gestion avec ALX et d'autres actionnaires prendra fin (lire plus de détails sur CFNEWS IMMO & INFRA : Eiffage passe la vitesse supérieure sur les autoroutes Paris-Rhin-Rhône).

E-commerce : Alibaba (Chine)

Alibaba Group

© Alibaba Group

Après le grand succès de l’opération de la journée de promotion organisée chaque 11 novembre, dite « Singles’ Day », avec 268,4 milliards de yuans de volume d’affaires (38,3 Md$), l’occasion se présente parfaitement pour la cotation secondaire du géant e-commerce Alibaba (lire aussi notre chronique précédente ). La première journée, le 26 novembre dernier, a fini 6,6 % au-dessus de son prix d'introduction et avec une légère prime par rapport à son équivalent coté à New York. Il a déjà levé au moins 11,3 Md$ et cette somme pourrait grimper jusqu'à 12,9 Md$ en cas d'exercice de l'option de sur-allocation dans les 30 jours suivant cette opération. Il représente ainsi le plus important placement des titres de l’année 2019. Le chinois détient aujourd’hui le record mondial de l’IPO avec une introduction réunie 25 Md$ à New York en 2014, ce titre pourrait bientôt être remplacé par le géant pétrolier saoudien Aramco. La capitalisation boursière d’Alibaba s’affiche aujourd’hui plus de 520 Md$, soit plus qu’un double de celle lors de son IPO. Le groupe chinois a réalisé l’an dernier (l’exercice fiscal clos en mars dernier) 56,15 Md$ de chiffre d’affaires pour un résultat net de 11,96 Md$.

Photographe & Consommation : Ventech China / Naïve Blue (France / Chine)

Naïve Blue

© Naïve Blue

Le studio chinois de photographe de portrait Naïve Blue établit son premier tour de table avec une levée de 45 millions de yuans (5,8 M€). L’enveloppe est apportée par Ventech China, Zhonghui Capital et V Star Capital. Basée à Shanghai, la cible a ouvert son premier studio à Shanghai en 2010. Elle coiffe trois marques principales : Naïve Blue, dédiée à grandes villes et deux marques de franchise EasyFast et EasyFast Plus pour les petites et moyennes villes. Ces trois marques interviennent tant dans B2C business (portrait en studio, photo de famille, shooting d’animal de compagnie et séance photo de couple) que dans B2B business (administration publique et shooting corporate). Fort d’un chiffre d’affaires de 300 millions de yuans (38 M€), le studio chinois exploite un réseau de 58 boutiques dans 20 grandes villes sous la marque Naïve Blue et de 182 boutiques de franchise dans 45 petites et moyennes villes.

Cleantech : Phitrust Asie / Engie / ATEC (France / Cambodge)

ATEC Biodigesters

système PAYGO (paiement au fur et à mesure) d'ATEC Biodigesters DR

Fondée en 2016 et basée à Phnom Penh, la société sociale cambodgienne ATEC Biodigesters lève 1,6 M$ (1,45 M€) pour son tour de table de série B. L’investissement est réalisé par un consortium d’investisseurs, dirigé par Engie Rassembleurs d’Energies avec la Fondation Ensemble (déjà présente lors du premier tour de table), IIX Growth Fund (basé à Singapour) et Phitrust Asia, dont le cofondateur est Henri de Reboul, basé à Bangkok. La cible produit, vend et distribue un bio-digesteur dont la technologie est spécialement adaptée aux pays subissant des inondations saisonnières tels que le Cambodge, le Bangladesh, le Myanmar et l’Indonésie. Une unité du produit ATEC fournit du gaz renouvelable pour la cuisine ainsi que 20 tonnes d'engrais organique par an en permettant d’économiser en moyenne plus de 13 000 $ par famille. À ce jour, plus de 1 500 unités ont été vendues au Cambodge. Le deuxième tour de table permettra notamment de déployer le premier modèle de bio-digesteur équipé du système PAYGO (paiement au fur et à mesure), en optant pour des versements mensuels sur téléphone mobile, et d’étendre ses activités du Cambodge au Bangladesh. La société cambodgienne a pour ambition de commercialiser ses produits auprès d'entre 1,3 et 4,5 millions de familles d’agriculteurs dans ces deux pays.

Soins : Estée Lauder / Dr. Jart+ (États-Unis / Corée du Sud)

Le groupe américain Estée Lauder fait des emplettes pour son portefeuille de marques. Il acquiert le groupe sud-coréen Have & Be, propriétaire des deux marques : Dr. Jars+ et Do The Right Thing (marque pour homme). Déjà détenteur d’environ 30 % du groupe coréen depuis 2015, Estée Lauder achète le solde du capital, sur une base de valorisation de 1,7 Md$. Fondée en 2005 et basée à Séoul, la cible distribue ses produits dans 35 pays. Son produit phare est un masque feuille de cellulose, ultra-populaire sur le marché chinois. La vente de la marque Dr. Jars+ pourrait atteindre 500 M$ pour cette année. A la tête de nombreuses marques de renom comme La Mer, Clinique, Bobbi Brown etc, le groupe Estée Lauder a enregistré une croissance de 24 % en Asie-Pacifique pour son premier trimestre de cette année pour 1,058 Md$. Pour cette opération, Perella Weinberg Partners, Lowenstein Sandler et Kim & Chang ont conseillé Estée Lauder et Michel Dyens & Co. Skadden et Bae, Kim & Lee étaient representants de Have & Be.

Mode : Trendy Group / Denham (Chine / Pays-Bas)

Le groupe chinois de mode Trendy Group, dans le portefeuille du fonds L Catterton Asia depuis 2012, a signé l’achat de la marque de jeans haut de gamme Denham auprès du fonds néerlandais Amlon Capital. La marque a été fondée en 2008 par le créateur britannique Jason Denham à Amsterdam. Elle avait créé une JV en avril 2017 avec Trendy Group, qui détient aujourd’hui un réseau de 13 boutiques en Chine. L’opération représente la deuxième acquisition d’envergure internationale réalisée par le groupe chinois après celle de la marque italienne Miss Sixty en 2012. Fondé en 1999 par Yu Xu et sa femme Shanhu Li à Wenzhou, Trendy Group est le créateur de la marque chinoise milieu haut de gamme Ochirly, dédié à la mode féminine. En 2012, L Catterton Asia avait déboursé 200 M$ pour s’emparer du 10 % du capital, le valorisant 2 Md$ (lire aussi l'article CFNEWS : L Capital Asia s'invite dans un géant textile chinois ).

Immobilier : LaSalle Japan (Japon)

LaSalle Investment Management, gérant 67 Md$, lance un fonds immobilier privé core à capital variable baptisé LaSalle Japan Property Fund. Le fonds investira dans des actifs immobiliers core au Japon, essentiellement à Tokyo, Osaka, Nagoya et Fukuoka, dans l’immobilier multi-résidentiel, commercial, industriel et de bureau. Doté d’un capital initial de 61 milliards de yens (505 M€) provenant d’investisseurs japonais et de prêts accordés par les principales institutions financières du pays, il dispose déjà d’un portefeuille composé de six actifs sélectionnés sur la base des critères DTU (Démographie, Technologie et Urbanisation) définis par les équipes de LaSalle, pour un prix d’acquisition de 105 milliards de yens (870 M€). La firme immobilière gère déjà une foncière cotée au Japon, LaSalle Logiport REIT, coté à Tokyo depuis 2016 et dédié à l’immobilier logistique.

Textile : Shandong Ruyi (Chine)

À la tête de nombreuses marques comme SMCP, Bailly, Renown, Aquascutum, Gieves & Hawkes, Cerruti 1881 et Lycra Group, le groupe privé chinois Shandong Ruyi a vu au début de la semaine le prix des obligations en dollars d’une filiale à Hong Kong chuter de plus de 10 cents par dollar, pour atteindre 78 cents, selon Bloomberg. Ce n’est pas la première fois que la presse relève les lourdes pressions pour le remboursement de sa dette. Pour mémoire, fin octobre dernier, il a vendu 26 % du capital à une structure de la collectivité locale Jining Urban Construction Investment, en empochant 450 M€ (environ 3,5 milliards de yuans) (lire aussi notre chronique précéndente ). Le capital réuni aurait pour objectif d’alléger le problème de liquidité d’après l’analyse de plusieurs journaux locaux. En septembre dernier, Standard & Poor’s a abaissé la cote de crédit à long terme de Ruyi de B à B- et a également abaissé la notation de la dette des obligations sécurisées non garanties de la société de B- à CCC +, en ajoutant toutes les notes ci-dessus dans la liste de surveillance du crédit négatif. L’agence américaine a précisé que le montant de ses dettes cumulées fin 2018 a atteint 28 milliards de yuans (3,97 Md$) contre 15 milliards de yuans en 2015. D’après une autre publication de Standard & Poor’s datant septembre dernier, Shandong Ruyi a 4,7 milliards de yuans de crédits (environ 600 M€) à rembourser jusqu’à la fin de l’année, dont 2,2 milliards de yuans domestiques et 345 M$ de crédit off-shore. Alors que le montant de la trésorerie disponible (chiffres datant juin dernier) ne s’élevait qu’à 4,2 milliards de yuans, qui ne peuvent pas couvrir toutes ses créances. Sa note de Moody's a également passée de B2 à B3 en octobre.

Bitcoin : Binance / WazirX (Malte, Chine / Inde)

WazirX

© WazirX

Née en 2017 en Chine, Binance, la plateforme d'échange de cryptomonnaies et écosystème blockchain, fait l'acquisition de WazirX, la plateforme d'échange de Bitcoin la plus réputée d'Inde. Elle lance ainsi son activité d’achat et de vente du Tether (USDT) - un stable-coin qui vise à répliquer la valeur du dollar américain (USD) et dont le cours reste très stable - en roupies indiennes (INR) sur la passerelle Fiat Binance. Le montant de la transaction reste confidentiel, mais selon l’India Times, la plateforme aurait été vendue entre 5 et 10 M$. Binance s’investit également dans l’écosystème blockchain en Inde avec le financement de plusieurs startups locales comme Matic Network, qui a récemment levé des fonds sur sa plateforme Binance Launchpad. Suite au durcissement de la réglementation chinoise en matière de crypto-monnaie fin 2017, Binance, numéro un des exchanges en terme de volume de négociation, a fui son pays d’origine pour installer son siège social à Malte, ses activités sont également présentes à Hong Kong, Singapour, Jersey et Tokyo.

Construction navale : China Shipbuilding Corporation (Chine)

La China Shipbuilding Corp, le plus grand constructeur de navires du monde, est créé par le gouvernement chinois. La nouvelle entité est issue de la fusion de China State Shipbuilding Corp et de China Shipbuilding Industry Corp, les deux plus grands constructeurs de navires de Chine. Il emploie environ 31 0000 personnes et compte 147 filiales, dont des instituts de R&D et des industriels, avec un actif total s’élevant à 790 milliards de yuans (112 Md$). Les principaux actifs de la China State Shipbuilding Corp se situent dans le sud de la Chine, tandis que ceux gérés par la China Shipbuilding Industry Corp sont principalement dans le nord du pays. Dans ce secteur, ses concurrents sont essentiellement des groupes japonais (Mitsubishi) et sud-coréens (Daewoo, Hyundai, STX).

Le gouvernement chinois a initialisé plusieurs opérations de consolidation des entreprises publiques. Dernièrement, en mars 2018, il a restructuré ses groupes de média, en regroupant trois entités : China Central Television (CCTV), China National Radio (CNR) and China Radio International (CRI) pour former China Media Group. Par ailleurs, plusieurs grandes manœuvres ont déjà été finalisées dans de nombreux secteur : la construction ferroviaire (la fusion de CNR et CSR pour créer CRRC), l’acier (la fusion de Baosteel et Wuhan Iron and Steel pour fonder Baowu), la chimie (ChemChina et Sinochem), les miniers (China Minmetals et China National Gold), l’énergie électrique (la fusion de Shenhua et Guodian), le nucléaire (China National Nuclear Corp et China Nuclear Engineering & Construction Corp), l’équipementier industriel (China National Machinery Industry Corp, China Hi-Tech Group Corporation). 

Étude : Climatescope

Les investissements dans l'énergie éolienne et solaire ainsi que d'autres projets d'énergie propre dans les pays en développement ont chuté de manière drastique en 2018, principalement du fait d'un ralentissement du côté de la Chine. En glissement annuel, le nombre de nouvelles centrales électriques est demeuré constant mais le volume de l'électricité dérivée du charbon a atteint un nouveau sommet selon l'étude Climatescope, une enquête annuelle menée par BloombergNEF (BNEF) dans 104 marchés émergents.

Et aussi :

Alstom a signé un contrat avec NRT pour la fourniture du matériel roulant et du système de signalisation pour la prochaine étape du métro de Sydney, de City et SouthWest. Le projet est une extension de la ligne Metro North West Line, qui a été ouverte avec succès aux clients en mai 2019. Dans le cadre de ce contrat, d'un montant d'environ 350 M€, Alstom assurera la gestion, la conception, la fourniture, la fabrication, les essais et la mise en service de 23 trains Metropolis entièrement automatisés de six voitures et du système de signalisation Urbalis 400 Communication Based Train Control (CBTC).

Pernod Ricard a signé un protocole d'entente (MoU) avec Wuliangye (coté à Shenzhen), pour distribuer en Asie du Sud-Est le baijiu. Le baijiu est un alcool chinois, dont les eaux de vie sont obtenues par distillation de vin de céréale. Le produit de Wuliangye est en particulier à base de cinq variétés de céréale : de millet, de maïs, de riz gluant, de riz à grain long et de blé. Wuliangye est l’un des géants du baijiu, sa capitalisation boursière atteint plus de 500 milliards de yuans (soit près de 65 Md€).

Bonne semaine !

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