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Chronique

The Next Big Thing : le Cloud ou la cocoonisation du web ?

PAR  | 24 juin 2011 | 998 mots

On se souvient du nuage volcanique qui avait bouleversé le ciel européen pendant plusieurs semaines au printemps 2009. Le "nuage" numérique, lui, est en train de basculer massivement les particuliers et les entreprises dans l'ère d'une économie numérique vraiment omniprésente et pérenne.

iCloud, iWallet, iBank, SaaS, autant de services "dans le nuage" que personne n'avait vraiment vus venir il y a encore seulement quelques années, à part peut-être quelques DSI un peu précurseurs et un peu visionnaires. Et pourtant, l'adoption massive de ces services par un public de plus en plus technophile et de plus en plus équipé prépare une vraie révolution : celle de la bascule dans un "tout numérique" vraiment pérenne et vraiment omniprésent. Mais a quel prix?

Cygne Noir

Il y encore quelques années (une éternité, donc), particuliers et entreprises n'avaient pas tellement d'autre choix que de stocker et "faire tourner" leurs services numériques sur leurs machines : ordinateurs individuels et serveurs d'entreprise. Une architecture on ne peut plus simple en apparence : mes applications, mes données, sur ma machine ou mon serveur. Et les "papys" dont je suis (d'après mes jeunes enfants) se souviennent des inconvénients de ce type : et si je casse mon ordinateur? Et si je n'ai pas mon ordinateur avec moi? Et, cauchemar absolu, si je change d'ordinateur? Donc, on copie, on grave des DVD, on achète des disques externes, on transfère, on réinstalle et on recommence. Vu autrement, les joies de la possession "physique" mais tous les inconvénients (imprévus) du propriétaire.
Et puis on a vu un premier mouvement : l'arrivée massive de webmails performants (et gratuits) avec un gros espace de stockage (Gmail) Une architecture plus distribuée, donc, où depuis n'importe quel simple terminal, on retrouve ses applications et ses données à soi. A l'époque, un "cygne noir", car tout le monde s'est simplement dit, tiens, un webmail sympa avec plein de place, je ne serai plus obligé d'effacer des mails sans arrêt. Ce qui explique aussi par exemple l'échec du service MobileMe d'Apple qui n'a jamais vraiment décollé : pourquoi payer 79$ (ou 79$, chez Apple, c'est pareil) pour un service de stockage en ligne et une adresse email alors que Gmail est gratuit. Quelques entreprises dont les DSI étaient visionnaires ont aussi décidé à l'époque de ne plus gérer directement leur infrastructure (ou de sortir de l'infogérance dédiée) mais de passer à des architectures physiques plus ouvertes et plus flexibles - à l'origine de quelques révolutions culturelles chez, par exemple, IBM, dont se souviendront ceux qui ont connu l'hypercentralisme propriétaire des architectures MVS…

Mon Cocon Numérique

Et c'est pourtant ce qui a marqué le véritable tournant : je peux tout dématérialiser, et tout est bien à l'abri, dans la chaude et cotonneuse sécurité du nuage, dont quelques flocons me suivront partout dans le monde, sur n'importe quel terminal fixe ou mobile. Comme d'être locataire, et en plus d'avoir tout son chez soi numérique (bibliothèque, discothèque, photothèque, et même bureau) quelque soit la villégiature où on se trouve, voire même dans la rue. Un cocon mobile, qui est devenu le nouveau standard, généralement gratuit pour les particuliers, ou pour la variabilisation du "total cost of ownership" pour les entreprises utilisatrices.
Un deuxième tournant se profile, à deux niveaux :
- la multiplication des terminaux fait que la "synchronisation" va devenir une fonctionnalité clé : Apple lance iCloud, qui est un espace de stockage destiné certes à stocker nos cocons numériques, mais surtout à le répliquer sur tous nos terminaux (mes photos prises avec mon iPhone remontent dans mon i-flocon qui le répercute sur mon iPad, sur mon PC, sur celui de mes enfants…). Google suit avec Android, un nouveau standard fonctionnel est d'ores et déjà établi, avec, pour commencer, des flocons individuels de 20 Go.
- les métiers vont se transformer : plutot que de se passer le journal de main en main autour de la table du petit-déjeuner (ou au bureau), un acheteur va le télécharger sur l'un de ses terminaux, et le papier sera disponible pour ses "amis" du Cloud… Idem pour son portefeuille en cuir, sa clé en métal, sa télécommande en plastique, que nos terminaux mobiles ou fixes vont remplacer tout en encapsulant notre identité numérique - enfin, le temps que l'Europe aura enfin défini un standard, iPad et Android l'auront établi de fait.

Dérive totalitaire

Un tournant rendu possible par quelques acteurs mondiaux qui ont habilement tiré parti de ces nouveaux standards d'usage. Mais ce sont des acteurs privés : ce sont eux qui désormais sont les "gardiens" de notre cocon numérique, que nous leur confions avec candeur. Et, dans l'univers professionnel, ce sont ces tierces parties privées qui désormais gèrent les données métiers (les données de vos contrats d'assurance, par exemple). On voit bien que Facebook, par exemple, serait une dangereuse mine d'informations sur vous et moi pour un régime qui deviendrait totalitaire. Et, au juste, des donnés uploadées par un utilisateur européen ou une compagnie d'assurances santé brésilienne, mais processées et stockées aux Etats-Unis ou en Inde répondent à quelle autre "loi" que les conditions générales d'utilisation du gestionnaire du "nuage", sujettes à modification sans préavis ?
Et quis custodiet ipsos custodies?

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