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M&A 2012 : l'exception française Accès libre

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Sanctionné par son instabilité fiscale et par la récession, l'Hexagone a enregistré une chute brutale de 58 % en valeur de son activité M&A. Mais des signes laissent espérer un meilleur millésime cette année.

Sami Rahal Deloitte

Sami Rahal, Deloitte

Comme indiqué dans la récente enquête de CFnews, l'activité M&A française fut particulièrement sinistrée l'an dernier (lire M&A 2013 : un rebond sous conditions). Alors que le nombre d'opérations de M&A est resté stable en 2012 au niveau mondial, à 1 586 Md€, et a chuté de 3 % en Europe à 475 Md€, la France a essuyé une chute de 58 % en valeur de son activité M&A, laquelle s'élève à près de 26 Md€ (dont 18 Md€ pour le M&A corporate et 8 Md€ pour le buyout), selon les chiffres publiés par Mergermarket, repris par Deloitte à l'occasion d'une conférence sur ce thème. "Cette décorrélation entre la France et le reste du monde est exceptionnelle en ampleur, observe Sami Rahal (photo), associé responsable de l'activité financial advisory services et membre du comité exécutif de Deloitte France. Trois éléments ont fortement pesé sur la balance : la récession, les inquiétudes quant à un possible éclatement de la zone Euro et enfin l'instabilité fiscale française avant et après la mise en place du nouveau gouvernement".

Frilosité des investisseurs étrangers

Selon Mergermarket, en 2012, les investissements M&A étrangers en France s'élevaient à 19 Md€, en forte hausse par rapport à 2009, mais en retrait comparés au pic de 2007 (66 Md€). "L'attractivité de la France a particulièrement été entachée par l'instabilité fiscale. Les investisseurs étrangers ont préféré se tourner vers d'autres pays d'Europe ou se replier sur leurs marchés domestiques, relève Vincent Batlle (photo), associé financial advisory et responsable reorganisation services chez Deloitte France. Nous avons travaillé sur un dossier d'acquisition étudié par un américain visant une cible française, mais celui-ci a été suspendu, les membres du board n'ayant pas jugé la France suffisamment attractive. Et il y a eu plusieurs cas de ce type sur le marché", poursuit-il. Pour les mêmes raisons d'instabilité fiscale, d'élections et de croissance atone, les fusions & acquisitions franco-françaises ne se sont pas mieux comportées.

En nombre le M&A tiré par les BIC

En revanche, les sociétés françaises sont allées chercher des relais de croissance à l'étranger, notamment vers les BIC (Brésil, Inde, Chine) -même si les actifs restent relativement chers du fait de leur rareté-, mais aussi vers d'autres zones émergentes comme le Vietnam, l'Indonésie ou la Russie. En 2012, les opérations M&A initiées par des acteurs français hors de l'Hexagone ont représenté 35 Md€, soit une hausse de près de 45 % par rapport au creu de 2009- néanmoins ils avaient atteint 96 Md€ en 2007. En nombre, les acquisitions hors d'Europe par un acteur français a augmenté de 43 % entre 2006 et 2012, pendant que le nombre d'acquisitions par un acteur français en France n'augmentait que de 2 %. "Par sécurité, beaucoup d'acquéreurs sont restés en terrain connu, souligne Vincent Batlle, il y a eu peu de plantage de drapeau tricolore dans de nouvelles zones géographiques."

Les ingrédients semblent réunis pour un rebond en 2013

Après une année morose, peut-on espérer un rebond du M&A en France cette année et à quelles conditions? La légère amélioration des perspectives économiques, la stabilisation de la zone euro, le rebond attendu des marchés financiers et les réserves de cash détenues par les sociétés - il y aurait 1000 Md$ de liquidités disponibles au bilan des entreprises du S&P 500- sont des éléments qui devraient jouer en faveur d'une reprise des flux de M&A. D'autant que des fenêtres de financement s'ouvrent à nouveau avec un retour de la dette hybride et du high yield, et que les PME françaises ont depuis peu accès au marché obligataire (lire l'enquête LBO et l'article sur l'IBO ci-dessous). Autre signe favorable à une potentielle reprise des fusions et acquisitions : les actifs potentiellement à vendre sont nombreux. "Nous allons assister à une vague de désinvestissement du private equity et les industriels devraient poursuivre leur programmes de cessions", estime Sami Rahal, qui espère même un retour des méga-fusions. Aux Etats-Unis les rachats en cours des ketchup Heinz par Berkshire Hathaway, la société de Warren Buffett, et par 3G Capital pour 23 Md$ ; celui de Dell par son Pdg-fondateur Michael Dell et le fonds Silver Lake pour 24,4 Md$ ; ou encore la fusion US Airways-American Airlines pourraient ouvrir la voie outre-Atlantique... alors pourquoi pas en Europe?

Lire aussi :

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