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La baisse des levées de fonds alarme Accès libre


Le désengagement des LPs français fragilise l'écosystème du non coté qui n'a pu lever ce semestre que 3,6 Md€ -dont 2 Md€ pour le seul Ardian. Ce manque pénalise les PME et ETI françaises, selon le bilan du 1er semestre selon les statistiques Afic/ Grant Thornton.

Mis à jour le 21 octobre 2013 - Les réserves de capitaux sont au plus bas. Alors que les besoins annuels en fonds propres des PME et ETI tricolores sont estimés à 11 Md€, les sociétés de capital-investissement n'ont levé que 3,6 Md€ au premier semestre 2013- mais 2 Md€ proviennent de la collecte d'un seul acteur, Ardian (anciennement Axa Private Equity), révèle l'enquête semestrielle de l'Afic, réalisée en partenariat avec Grant Thornton. Un chiffre bien loin des montants levés dans le non-coté avant crise : 10,5 Md€ par an en moyenne entre 2005 et 2008. Une érosion inquiétante, déjà observée en 2012 (lire l'article et voir le graphique ci-dessous), qui se poursuit.

Net recul des institutionnels français

Louis Godron, Argos Wityu

Louis Godron, Argos Wityu

Ce sont principalement les capitaux en provenance des institutionnels français (assureurs, bancassureurs, mutuelles, caisses de retraite) qui font défaut, ne représentant que 52 % des montants collectés (contre 73 % au S1 2012 et 62 % en moyenne avant crise). Un recul constaté sur tous les types de souscripteurs, exception faite des family offices et des compagnies d'assurance / mutuelles. Pourtant de moins en moins d'assureurs continuent d'apporter leur obole, à l'instar de CNP Assurances et Axa, lequel soutient toujours son ancienne filiale tout juste sortie de son giron. Ainsi pour le premier semestre la catégorie compagnies d'assurance / mutuelles a fourni 1,3 Md€ (dont 665 M€ proviennent d'établissements français). Mais ce chiffre est concentré sur un nombre restreint de levées de fonds, et les trois quarts des apports bénéficient directement aux filiales de ces établissements dans le non-coté. La collecte réelle auprès des compagnies d'assurance et des mutuelles françaises se tasse du fait des contraintes qui leur sont imposées : elle est désormais comparable au montant des fonds levés auprès des personnes physiques et family office français (575 M€). Aussi, mécaniquement, face à ce repli, les investisseurs étrangers ont vu leur part grimper dans la collecte à 48 %. "Mais ceci est le fait d'une poignée de sociétés de gestion qui ont, depuis la crise, tissé des liens avec des investisseurs internationaux pour contourner la pénurie de capitaux en France", précise Louis Godron (photo), le président de l'Afic.

Les montants investis en cap-dev chutent de 30 %

Conséquence logique de cinq années de vache maigre : les investissements en capital-investissement s'essoufflent eux aussi. Si les 2,6 Md€ injectés dans les PME au premier semestre 2013 marquent une progression de 14 % par rapport l'an dernier (2,3 Md€ au S1 2012), ce montant est deux fois moins élevé qu'avant crise (5 Md€ au S1 2008). Et le nombre d'entreprises financées (768) est le plus faible enregistré depuis 2007. Ce recul touche particulièrement le capital-développement, dont les montants investis chutent de 30 % (623 M€) et le nombre d'entreprises financées de 21 % (381). En revanche, le capital-transmission affiche néanmoins une forte progression liée à quelques deals plus importants (1,6 Md€, +50 % par rapport au S1 2012, pour 133 entreprises - Lire notre enquête LBO : A la recherche de la croissance perdue) et le capital-risque a bien résisté (274 M€ investis dans 244 entreprises, +21 % en montant comparé au S1 2012).

Flécher l'épargne vers le financement des PME

Face à ce constat alarmant, l'Afic tire la sonnette d'alarme. "La France, capable d'alimenter quelque 1300 entreprises hexagonales par an, possède l'un des plus importants réseaux d'irrigation en fonds propres comparé à ses pairs européens. Et les taux de rendement du private equity français sont parmi les plus élevés d'Europe (10,7 % en moyenne par an sur les dix dernières années). Pourtant, l'épuisement des réserves en capitaux commence à briser cette dynamique. Il manque au moins 5 Md€ par an d'apports aux fonds de private equity", déplore Louis Godron, lequel préconise un meilleur fléchage de l'épargne vers les PME. Tout comme les rapports Gallois et Berger-Lefebvre, l'association milite en faveur de l'allocation d'une partie de l'assurance-vie française, qui draine pour rappel près de 1500 Md€ par an, vers l'économie réelle. Cet arbitrage est en cours, dans le cadre du prochain PLFR (projet de loi de finances rectificative), qui est, pour Louis Godron, "la seule manière de remettre l'épargne des français au service de l'économie."

L'Afic pointe également du doigt un autre point noir, dans l'article 11 du PLF 2014, menaçant les levées de fonds en France : la retenue à la source de 30 % (contre 0 % actuellement) sur la totalité des distributions versées par les sociétés françaises de capital-investissement à leurs investisseurs institutionnels étrangers. "Cette mesure n'existe nulle part ailleurs et touche à un pilier fondamental du capital-investissement, à l'heure où les levées de fonds sont déjà extrêmement difficiles", s'insurge Louis Godron. Ce projet de taxation sera rediscuté dans les tout prochains jours*.

*Vendredi 18 octobre 2013 l'Assemblée Nationale a adopté les dispositions du PLF 2014 relatives à la taxation des plus-values de cession d'entreprises. Finalement, le projet de retenue à la source de 30 % sur les distributions de plus-values perçues par les investisseurs étrangers a été écarté.

Lire aussi :

Non coté : levées et montants investis dévissent (10/04/13)

Voir la fiche de : FRANCE INVEST (EX AFIC)

Voir la fiche de : GRANT THORNTON