
©Jott
Jott (Just over the top) remonte en selle. La célèbre marque marseillaise de doudounes, dont le logo représente un homme sur une Vespa, a connu une sortie de route rapide après son LBO primaire conclu début 2021 par L Catterton pour 240 M€. Après sa cession de paiements le 18 décembre 2025, une procédure de redressement judiciaire a été ouverte le 22 janvier 2026, supervisée par Frédéric Avazeri d’Ajilink. La société, qui a affiché 75 M€ de chiffre d’affaires en 2025, a attiré 16 offres début février, mais seules cinq ont été retenues. Sur ces candidats à la reprise, deux se sont retirés avant le jugement du tribunal de commerce de Marseille, prononcé ce 13 avril. Celui-ci est favorable à Amoniss, la holding industrielle de Salih Halassi, un entrepreneur qui a créé ou repris plusieurs PME dans le secteur du textile, comme Bacotim (impression sur tissu) et Kindy (fabricant de chaussettes). Il est aujourd’hui à la tête d’un groupe de quelque 220 M€ de chiffre d’affaires agrégé, selon nos informations, dont la principale filiale est Pimkie, mais qui comprend également Chevignon, Lepape ou encore Christine Laure. « Amoniss a su convaincre par son expertise du secteur, avec des réseaux et un track record dans le retournement réussi d’entreprises, suggère Xavier Péraldi, directeur associé chez Pax Corporate Finance, qui a été son conseil sur ce dossier. Dans le cadre du calendrier resserré de la procédure collective, Salih Halassi a su identifier très rapidement le périmètre à reprendre et les leviers pour relancer l’activité. »
Offre mieux-disante en tous points
L’homme d’affaires a mis 3,5 M€ sur la table pour la reprise des actifs de Jott. L’enveloppe pourrait grimper jusqu’à 8 M€, a-t-on appris, pour la reprise et le redéploiement de l’entreprise. Son offre permet de sauver 161 des quelque 250 collaborateurs et de conserver 27 boutiques sur les 58 opérées fin 2025 en succursales (une cinquantaine de magasins en franchise complète le réseau). Enfin, il s’est engagé à conserver le siège social à Marseille. « L’offre a été jugée mieux-disante par le Tribunal sur les trois points principaux, à savoir, le prix, l’impact social et le projet industriel », glisse une source présente à l’audience. En face, les deux alternatives présentées étaient portées d’un côté par Nicolas Gourdikian, un membre de la famille fondatrice, accompagné par trois dirigeants de Jott. Cet attelage, qui proposait 0,9 M€ pour la reprise, était soutenu financièrement par Eurazeo (le créancier de la société marseillaise), prêt à débloquer 13 M€ de plus pour les appuyer. Leur offre ne portait que sur un tiers des effectifs et des boutiques. De l’autre côté, le dernier candidat était Benoit Crouzatier, via BCR-i, un groupe diversifié de 60 M€ de revenus (nettoyage industriel, logistique, services multi-techniques). L’entrepreneur avait déjà mis un pied dans le retail l’été dernier via sa holding, en reprenant Café Coton à la barre du tribunal. Pour Jott, son offre portait sur environ un quart du périmètre pour un prix de 0,4 M€.
Retour à l’équilibre dès 2026
« L’objectif est de retrouver la rentabilité dès cette année. Salih Halassi va directement prendre en main l’opérationnel, en s’appuyant sur quatre directrices en place, et plus largement les équipes de Jott et celles d’Amoniss. Grâce à son réseau et ses partenaires, l’ambition est d’améliorer le sourcing, en réduisant les intermédiaires, de bien gérer les niveaux de stocks, de pousser encore le digital et de revenir sur l’essence même de la marque, en termes de collection et de prix », éclaire Xavier Péraldi. L’ambition est d’atteindre entre 35 M€ et 40 M€ de chiffre d’affaires en 2026, puis de retrouver la croissance. Connue pour ses doudounes fines et colorées, l’entreprise a tenté des diversifications, notamment sur des tenues estivales, sous l’impulsion de L Catterton. Mais celles-ci n’ont pas su convaincre la clientèle, ce qui a été l’un des éléments contribuant à l’échec du LBO. « Jott était une marque mono-produit mais très bien positionnée, qui s’appuyait sur un fort réseau de revendeurs, retrace un proche du dossier. Elle réalisait 80 % de son Ebitda entre octobre et fin janvier. L Catterton a souhaité diversifier et pousser le parc de boutiques en propre trop rapidement. Au-delà de consommer des capex, ce réseau de succursales a pesé sur le BFR sur les mois creux, avec des loyers et des collaborateurs à payer alors que l’élargissement de la gamme n’a pas suffisamment pris. »
Jusqu'à 127 M€ de chiffre d'affaires
Le réseau de boutiques en propre a ainsi plus que triplé après le LBO pour atteindre 82 points de vente en 2023, dont la moitié hors de France (Espagne, Belgique, Suisse, Portugal…). Les ventes via ce réseau ont ainsi grimpé à 53 % du chiffre d’affaires cette année, contre 23 % en 2021. Le BtoB (franchises et multi-marques), qui tirait plus des deux tiers de l’activité historiquement, est ainsi passé sous les 40 % au point bas. Ces investissements ont permis aux ventes de progresser, dans un premier temps. En 2022, Jott a connu un pic à 127 M€, entraînant l’Ebitda à un point haut de 40 M€, contre 20 M€ à 25 M€ lors de l’entrée de L Catterton. Mais cette structuration de la distribution a alourdi les coûts, surtout face à un exercice 2023 marqué par les émeutes de début d’année (liées à la mort de Nahel) et dont les ventes sont retombées à 100 M€. L’année suivante a été marquée par une crise logistique avec la défaillance du partenaire, entraînant des retards de livraison en plein cœur de la haute saison de Jott. Les revenus ont alors encore reculé, à 83 M€ pour un Ebitda qui est tombé à -26 M€ en 2024.
Plus de 150 M€ de passif écrasé
Dans ce contexte, plusieurs boutiques ont été fermées et le CEO recruté lors du LBO, Didier Lalance, a été remplacé par Benjamin Durand-Servoingt (ex-Etam et McKinsey), lui-même évincé au profit de Thierry Miremont (FTI Consulting) un an plus tard, en septembre 2025. Au-delà de ces mesures opérationnelles, L Catterton, qui avait mobilisé près de 100 M€ pour l’acquisition de la marque de doudounes en 2021, a dû réinvestir environ 20 M€ en 2024. Face à l’absence d’amélioration de la situation économique, près de 100 M€ de dettes, principalement l’unitranche apportée par Eurazeo mais également des obligations mises en place par le gérant franco-américain lié à LVMH, ont été convertis en capital en mars 2025. De nouvelles facilités ont également été mises en place pour plus de 20 M€, mais les problèmes logistiques de 2024 se sont répercutés sur l'exercice suivant, avec des partenaires BtoB qui ont passé moins de commandes pour écouler les stocks livrés trop tard en 2024. Jott n'est pas parvenu à échapper à la procédure collective. Au total, cette reprise à la barre entraîne l’écrasement de plus de 150 M€ de passif.








